Je SAIS qu’il pense à moi

Je suis effrayée par la rapidité avec laquelle certaines émotions, et avec elles certaines questions, peuvent refaire surface. Certes, je trouve du réconfort dans le fait que ces difficultés sont passagères, mais leur violence et leur fréquence m’effraie. C’est comme une cicatrice qui ne cesse de se réinfecter : tu as beau savoir qu’elle est là, tu finis par penser que tu es guérie, puis elle se rouvre et tu saignes et ça fait mal.

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Source : jarmoluk

En 2015, je me demandais s’il pensait à moi. En 2019, grâce à la magie des réseaux sociaux, je sais qu’il pense à moi. Je sais qu’il n’a pas changé, que s’il devait tout recommencer il ne changerait rien (enfin si : il ferait les mêmes erreurs, mais beaucoup plus tôt. Je te laisse méditer sur les implications de ce bijou de criminalité). Je sais qu’il n’a aucune empathie, qu’il est narcissique au dernier degré, qu’il n’a pas évolué, qu’il est toujours aussi toxique et dangereux. Je suis persuadée que, dans des circonstances similaires, il recommencerait.

Il est difficile pour moi d’écrire sur le sujet : je ne peux pas m’empêcher de me sentir observée. Comme si sur la Toile, je n’étais en sécurité nulle part. Comme si je ne pouvais pas m’exprimer librement tant qu’on fréquentera des plateformes similaires. Après tout, pendant des années, il a fouillé l’historique de notre ordinateur familial, traqué tous mes pseudonymes, lu toutes mes publications sans que je le sache. Je l’ai appris quand j’ai porté plainte contre lui, puis j’ai eu une confirmation pendant son procès (il n’avait d’ailleurs pas cessé pendant la procédure, ce qui m’avait chassée de la plupart des forums qui m’apportaient pourtant un répit certain).

Il est difficile pour moi de me sentir connectée à ces émotions : elles sont encore vraiment trop à vif.

Il y a dix jours, lors de notre séance photo catastrophe chez ma mère pendant laquelle j’ai vu et revu des photos de lui, j’ai réellement pris un mur à toute vitesse. Ce n’est pas seulement que je ne m’y attendais pas : moi, je VOIS ce que les autres ne voient pas. Je lis mon album de bébé, dans lequel il avait écrit que j’étais « le plus beau cadeau que la vie lui ait donné », et je me demande s’il savait, à l’époque, qu’il allait me faire tant de mal.

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Source : WenPhotos

Moi, je VOIS le moment de rupture. Le moment à partir duquel plus rien n’a été pareil. J’observe photo après photo de vacances et je SAIS. Je le vois. Et du coup, je perçois aussi sur ces photos ce que les autres ne peuvent pas voir : une main sur ma cuisse, un angle de prise de vue un peu étrange, un regard en coin, mon sourire qui s’efface, la joie qui n’est plus présente et les jeux que je ne jouais plus avec lui.

Les autres ne voient pas ces détails. Je l’ai bien senti. Ma mère n’y voit rien, et Sir Givré ne peut pas détecter le moment exact en regardant de vieilles photos. Mais moi je le sais.

Je te jure, je me suis fait peur. J’ai passé toute cette nuit-là à pleurer dans les bras de Sir Givré, à répéter que je ne comprenais pas pourquoi il avait fait ça. Je pensais pourtant avoir arrêté d’essayer de comprendre il y a longtemps. J’ai passé mon temps à demander pourquoi, alors que je sais qu’il n’y a aucune explication possible. Je me suis aussi demandé quel était mon problème, ce que j’avais fait pour provoquer ça. Alors que, bordel, ça fait des années que je me bats pour sortir cette foutue culpabilité de ma tête.

J’ai peur de la facilité et de la rapidité avec laquelle ces questions reviennent.

A l’occasion d’une énorme dispute avec Sir Givré il y a quelques semaines, j’ai brièvement pensé que si j’allais me jeter dans le fleuve je pourrais mettre fin à la douleur qui me traversait à ce moment là.

Mais d’où elles me viennent, ces pensées culpabilisantes et suicidaires que je pensais évanouies pour toujours ?

Elles partent aussi vite qu’elles arrivent, et ne restent jamais très longtemps, mais pourquoi elle reviennent ?

Je commence à rentrer dans une période anniversaire (je t’en parlerai plus tard), et je ne peux pas nier que certaines choses commencent à remonter, facilitées par la séance photo catastrophe et le mariage imminent de ma petite sœur.

C’est dans ces moments là que j’ai besoin d’aller chercher la confirmation de ce que je sais déjà : ce n’est pas moi le problème, c’est lui. C’est dans des périodes comme celle-ci que j’ai besoin d’aller voir son profil public, parce que j’ai besoin d’y lire la confirmation de ce que j’ai appris ces dix dernières années : il est coupable, pas moi. Mais j’ai l’impression que c’est une leçon que je devrai apprendre encore et toujours, parce que mon inconscient est bien décidé à me la faire désapprendre, par moments.

Ou alors c’est reculer pour mieux sauter ?

Des fois, j’ai l’impression de ne pas avoir avancé du tout.

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4 commentaires

  1. Quand tu doutes du chemin parcouru,laisse tes amis et tes proches te rappeler comme tu as avancé.
    Laisse les te dire que ce boomerang est malheureusement normal. Qu on ne peut pas tourner les pages d’une vie comme celle d’un bouquin auquel on.n’attache aucune importance.
    Laisse les te montrer quelle personne incroyable tu es.
    Combien il est le coupable de tout ça. Combien tu as gagné en force mais combien aussi tu peux rester fragile face aux incommensurables maladresses de certaines personnes,qui renvoient irrémédiablement à des souvenirs qui laissent des coups et des cicatrices.

    Laisse nous te rappeler combien tu nous es précieuse et à quel point on.tient à toi ❤

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  2. Je ne te connais pas, et j’ai envie d’ecrire La même chose…
    Je suis prof aussi et j’aimerai tellement être ta collègue…
    Est ce que tu crois que l’on peut faire quelque chose ? Trouver des hackers qui l’espionnent lui et forment une sorte de bouclier virtuel autour de ton espace ?
    Je te serre fort dans mes bras (si tu permets bien sure :))
    Charlène

    Aimé par 1 personne

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