Un jour, il m’a dit qu’il allait mourir.

J’avais 16 ans. J’étais au lycée, j’avais déjà rencontré C., cette amie qui m’a permis d’ouvrir les yeux. Je commençais à m’émanciper, j’étais un peu plus indépendante, j’étais amoureuse, je passais un peu plus de temps en dehors de la maison. J’imagine qu’il a eu l’impression que je lui échappais. Pourtant, c’est lui qui fixait les règles: les jours et horaires de sortie, l’endroit où j’allais aller, les personnes avec qui j’allais passer mon temps… l’air de rien, juste en donnant son « avis », il prenait toutes les décisions. Personnes n’osait froisser le paternel aux humeurs plus qu’aléatoires.

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J’avais 16 ans, et ce jour là nous étions à un salon du livre. Un de ces salons dont je raffolais, ado enfermée dans une bulle de secrets, de douleurs et de rêves, toujours la tête dans un livre, riche d’argent de poche jamais dépensé, faute de sorties. Après avoir arpenté les allées dans une atmosphère étouffante, le paternel déclare qu’il est temps de faire une pause. Non ma fille, pas une de celles qu’on prend à la maison quand j’ai fermé les volets. Pas une de ces pauses où je fais ce que je veux de toi parce que tu as trop peur pour me dire non. Une simple pause, un café, ou une boisson froide, à la table d’un salon de thé, avant d’y retourner.

  • Tu sais, j’ai de mauvaises nouvelles, tu ne dois pas en parler à ta soeur mais… je vais peut être mourir.

Et de m’expliquer en long, en large et en travers ce qui ne va pas avec son cerveau, pourquoi il risque, à tout moment, de faire un malaise, et de mourir. Une sorte de bouton « on / off », une épée de Damoclès sur la tête, un truc explicable et pourtant incompréhensible.

Ce n’était pas la première fois qu’il passait à côté de la mort. Déjà, enfant… et puis quand j’étais petite…

Entre tristesse et culpabilité, je me mets à rêver d’un décès qui apporterait une solution à mes problèmes, mettrait un point final à ces « pauses » dont je suis victime. Mais la tristesse surpasse l’espoir, et la culpabilité prend toute la place. C’est ce qu’il arrive aux enfants qui, comme moi, sont coupés en deux dès leur plus tendre enfance. Ces enfants victimes de leurs parents, pris dans un conflit de loyauté, douloureusement conscients des déviances de leurs aînés, englués dans des secrets qui ne sont pas les leurs.

Dois-je préciser que tout ça était un mensonge? Qu’il n’a jamais eu de maladie mystérieuse et potentiellement dangereuse pour sa vie?

Ce souvenir m’est revenu hier. J’avais totalement oublié cet épisode. Et les jours qui ont suivi. Ce mélange de culpabilité et de tristesse, cette peur et cet espoir fou d’apprendre un jour que mon père ne rentrera pas du travail, les heures passées à côté de ma fenêtre, à espérer ne pas entendre le deux-roues sur les cailloux, le bruit des volets qui claquent, qui annoncent le viol qu’il ne manquera pas de me faire subir.

Est-ce pour me garder quelques mois de plus dans ses filets, qu’il a inventé cette maladie? Est-ce parce qu’il me sentait m’échapper, lui échapper, qu’il a voulu me réduire au silence, une fois de plus? Est-ce qu’il a cru que, le sachant souffrant, presque condamné, je ne dirais rien? Est-ce qu’il y avait vraiment un problème avec son cerveau, mais un souci psy cette fois, qui le poussait à me mentir, à me manipuler? Etait-il conscient de ce qu’il faisait, est-ce que tout ça faisait partie d’un plan, ou bien était-il « simplement » malade, dépassé par ses pensées et ses pulsions, comme il l’a affirmé quelques années plus tard?

Je ne connaîtrai jamais la réponse à mes questions. La plupart du temps, je vis sans même me les poser. Mais un vieux livre retrouvé au fond d’un carton, témoin d’une autre époque, me rappelle parfois douloureusement d’où je viens.sa

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De l’incroyable absurdité du sensible-agressif.

Aujourd’hui, une collègue, après avoir avoué être extrêmement sensible et pleurer très facilement, m’a fait une remarque très blessante sur l’endroit où je vis.

Mon mari et moi vivons dans une maison que nous avons rêvée, conçue, et construite nous-même, avec l’aide de la famille et d’amis, dans un lotissement très sympa, entre campagne et ville.

Je me suis demandé, quand elle fait cette remarque, pourquoi je n’allais rien dire. Une collègue s’est chargée pour moi de la remettre à sa place, mais je savais, même avant cette intervention, que je ne lui dirais rien, que je ne réagirais rien. Parce que je suis « gentille ». Parce que je sais que je ne veux pas faire de vagues. Parce que je suis persuadée que c’était une plaisanterie, cette agressivité mal placée qu’ont les gens sensibles, ceux qui ont une carapace très épaisse, tellement épaisse qu’ils ne savent plus comment interagir avec le monde, à part en étant agressif.

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Je suis certaine qu’elle n’a pas voulu me blesser. Et quand j’y pense, je ne suis même pas un peu écorchée. Mais quand même, qu’est ce qui pousse les gens à se comporter ainsi? Et qu’est ce qui me pousse, moi, à les laisser faire?

Par quelle incroyable absurdité quelqu’un qui se décrit comme « très sensible » devient-il une personne agressive, en moins de deux secondes ?

Parfois, je me dis que le monde serait vraiment plus simple, avec un peu de bienveillance, et moins de souci de son image.

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Vis ma vie de prof « toujours en vacances » : une journée comme les autres.

Il y a des soirs, comme ce vendredi soir, où je suis fatiguée. Et mon mari « mais ? tu as fini tôt, pourtant! », et ma maman: « mais ? Tu as eu des vacances il n’y a pas longtemps! »

Souvent, je suis trop fatiguée pour me justifier. La plupart du temps, je ne réponds pas. Mais juste parce que toi aussi, peut-être, tu as déjà pensé ça en voyant un professeur fatigué, voici à quoi a ressemblé ma journée aujourd’hui (et elle ressemble à TOUTES les autres journées de travail).

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5h20, le réveil sonne. Je le fait taire en deux temps, trois mouvements, et décide de m’accorder 15 minutes de sommeil de plus.

5h35, je me dis que si je me contente d’une douche express, et d’une compote, je peux dormir 10 minutes de plus. Dans ma tête, je refais le programme de la journée, pour être sûre que je suis prête, que je sais quoi faire, et quand.

5h50, je dois faire face à ma journée. Je me lève, file sous la douche. Je sors 10 minutes plus tard de la salle de bains, prête pour la journée (pas de maquillage, ça ne sert à rien, il sera estompé avant que j’arrive au boulot).

6h20, une compote et une infusion dans le ventre, je pars prendre mon train.

6h45, le train arrive, j’en ai pour une heure.

7h45, j’arrive dans la ville où je bosse. 7h53, je suis dans mon établissement.

7h53 et 30 secondes, Florian m’aborde* pour me dire qu’il a oublié son travail.

7h54, Yanis* frappe à la porte de la salle des profs parce qu’il a besoin d’une photocopie. Tout de suite. Enfin, non, c’était pour il y a deux jours.

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7h55, la sonnerie retentit, j’ai une classe de 3è. Brayane me promet de bien travailler et de ne pas m’insulter, aujourd’hui, il n’est pas réveillé le matin de toute façon. Quatre élèves me demandent de leur donner leur moyenne. Deux ont perdu leur cahier. Un n’a pas de stylo. Trois n’ont pas leur carnet de correspondance. Les autres sont absents. Tout le monde s’installe, un élève hurle pour parler. Je hurle par dessus pour lui dire que le matin, j’aime bien le calme. Le reste du temps aussi d’ailleurs. Kevin réfléchit à comment dire la date, pendant ce temps là, je collecte trois chewing gums et empêche deux élèves de se balancer sur les chaises. 8h10, tout le monde est presque au travail, la date est écrite au tableau, les 5 fautes sur trois mots corrigées, trois élèves arrivent. Panne d’oreiller. Comme tous les autres matins. 8h15, le travail en groupes est organisé. Ils mettront quatre fois plus de temps à faire ce que je leur ai demandé, mais à la fin de l’heure, chaque groupe a rendu son travail terminé. Et dire que ce n’était que l’introduction. En 35 minutes, j’ai dit 15 fois « tais toi », 24 fois « arrête de te balancer sur ta chaise », 30 fois « allez, au travail », 12 fois « qu’est ce que tu ne comprends pas ». Tout va bien. A la fin de l’heure, je fais remarquer à Benny qu’il a l’air fatigué. « Ouais madame, c’est à cause des gars du foyer qui m’ont réveillés à coup de bites, la nuit dernière ». Et un rapport, un.

9h, ma deuxième classe arrive. Un dyslexique, deux hyperactifs, deux illettrés (non, sérieux, ce n’est pas un jugement de valeur. Mais ils SONT illettrés), un psychotique, une élève diagnostiquée « bipolaire », sur un effectif de 8 élèves, l’autre moitié de la classe étant chroniquement, pathologiquement absentéiste. Je cours dans tous les sens. Différenciation à fond. Les deux Louis travaillent sur une fiche de remédiation pour la lecture, pendant que William valide des compétences en langue étrangère, et Sonia a fini tout le travail de cette semaine, et la semaine prochaine. Ashlyne ne veut pas travailler parce que Sonia n’a pas voulu lui prêter ses stylos. Et puis elle a des poux. Et puis elle a mal dormi. Et « madame j’ai mes règles, j’en ai plein la culotte ». A la fin de cette heure là, je sais que j’ai rempli mon objectif « mobilité » du jour.

10h, c’est la récré. Je cours partout. Je fais des photocopies pour les élèves, je remplis quelques papiers destinés au chef, je fais des photocopies. Le copieur bourre. Je dois trouver la panne. Je suis en retard pour mon troisième cours.

Troisième cours, évaluation. J’en profite pour corriger des copies, mettre à jour le logiciel en interne que je suis censée remplir à chaque heure mais que je ne remplis presque jamais, faute de temps, ranger ma salle de classe, accrocher des exposés et autres travaux d’élèves.

Quatrième cours, enfin un peu de calme. Un demi groupe très sympa, qui bosse. Ouf. Je souffle un peu, je me détends, je fais même des blagues avec les élèves.

Je mange mon repas en corrigeant des copies. Puis je vais ouvrir le foyer des élèves avec des collègues. J’aide les élèves à créer des décorations, je sors des tables de ping pong, je pars à la recherche des raquettes, j’empêche Djayson et Briann de se batter, je fais remarquer à Kévin que mettre la main aux fesses des filles est une agression sexuelle, je dis à Jordan de sortir la main de son caleçon, Erwan rit mais fait la même chose. Zaid, quant à lui, joue à taper Sonia avec la raquette. Quelques élèves me demandent si je peux imprimer des drapeaux anglais, mais je ne trouve plus ma clé usb.

13h30, retour en classe, jusque 16h30. Je ne vais pas te faire le détail, tu auras compris le truc: peu de travail, beaucoup de répétition, beaucoup d’énergie dépensée à empêcher les élèves de se battre, de bavarder, de se balancer sur les chaises, pour les obliger à se mettre au travail, à faire ce que j’ai demandé, à parler dans la langue spécifiée, etc. Une intervention dans la salle de classe de mon collègue pour cause de débordement. Trois bagarres à la récré. Une bagarre dans la classe en face de la mienne: Logan a pris une chaise pour taper sur Djordan, qui a attrapé la table pour se défendre. On se demande si on doit appeler les pompiers pour soigner la lèvre ouverte, et les surfaces tuméfiées, histoire de marquer le coup, ou si l’infirmière suffit. Pendant ce temps là, dans un autre bâtiment, deux de mes collègues essayaient de retenir physiquement un élève qui menaçait de se suicider, et je recueillais le témoignage d’un élève qui me disait que sa mère avait voulu « le suicider avec elle » mais il s’était « débattu » et elle avait abandonné.

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16h35, la sonnerie retentit, les élèves sortent en criant et en s’invectivant. Je vais rater mon train, qui est dans 6 minutes. Je ne tente même pas ma chance. Je prends une heure pour ranger ma salle de classe, finir mes rapports, aller voir mon chef…

18h, je suis dans le train. Il me faudra une heure pour rentrer chez moi. J’en profite pour corriger des copies, ça sera ça de moins à faire ce weekend.

J’adore mon boulot. Mais, sérieusement, vous osez me demander pourquoi je suis fatiguée?

* tous les prénoms ont été changés

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C’est à ce moment là que le silence tue.

J’ai toujours pensé que si un jour quelqu’un devait lire ce que j’ai vécu, cette personne lirait mon journal intime. Rien de moins. Ce fameux journal intime que j’ai commencé il y a quelques mois, seul témoin de mon mal être et de ma détresse. Seul conseiller que j’ai trouvé. C’est-à-dire : personne. En vérité, j’ai longtemps pensé que personne ne saurait jamais rien de ce qui m’arrive. Et d’ailleurs je ne suis toujours pas sûre de vouloir en parle publiquement… Pourtant j’ai à la fois envie de hurler ma peine et ma douleur et de cacher ma honte… Mais ces derniers temps, je n’ai rien écrit dans le mystique cahier. Pas un mot depuis que les choses ont enfin évolué. Il faut croire que le cahier, qui n’avait pas d’autre nom que « mon cahier » n’était qu’un exutoire, un endroit où je pouvais parler de tout ce qui n’allait pas, de tout ce qui était négatif, un endroit où je pouvais parler de mes doutes. Mais maintenant que j’ai quelques certitudes mon besoin d’écrire est différent.

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Maintenant, j’ai besoin d’écrire pour poser les choses, pour apprendre à me soigner, pour enfin hurler cette douleur qui m’habite depuis des années. Qui était déjà là il y a très longtemps, mais je ne la sentais pas.

J’ai souvent pensé que si j’écrivais un livre, il s’appellerait J’ai choisi le silence ou Comment je suis morte. Je ne pensais pas un jour écrire pour crier au monde entier ce qui m’est arrivé. Bien sûr, on en entend parler. Oui, on sait ce que c’est. L’inceste. Mais je me disais toujours « c’est pas moi ». C’était pas moi, toutes ces histoires de petites filles violées, violentées, abusées, martyrisées, frappées, battues… Je croyais que je n’étais pas normale, moi. Moi il ne m’a jamais frappée. Et pourtant, moi aussi j’ai été abusée.

C’est pour ça que ce soir, assise dans ma saleté de lit, dans ma saloperie de chambre où je vois des ombres de lui partout, j’ai décidé de prendre mon ordinateur et de commencer à écrire. Pour crier au monde entier que j’ai mal à mourir, que, non, on ne peut rien dire quand on est comme ça. Que, non, je suis pas une salope. Pour hurler à tous ces gens qui croient qu’on a provoqué ça que, non, c’est pas notre faute. Enfin j’espère. Je doute beaucoup, vous le verrez.

Il faut montrer à tout le monde que ça peut aussi se passer sans violence apparente. Je ne me retrouve dans aucun témoignage que j’ai pu lire. Et pourtant je ne dois pas être la seule à avoir été manipulée… Alors je vais vous raconter ce que c’est, être à l’intérieur de moi, avec mon histoire, mes doutes, mes incertitudes, ma douleur, et tout le reste. Pour que tout le monde.

Je me prête des intentions sans être sûre de les avoir. La vérité c’est que j’en ai marre de ce silence, il m’étouffe. J’ai envie de raconter. Des livres sur le sujet, il y en a des centaines. Vous n’imaginez même pas le nombre d’histoires comme ça que j’ai lu. Des sites Internet, c’est la même chose. Alors pourquoi le message ne passe toujours pas ? Pourquoi ça nous arrive toujours autant ? Pourquoi on ne les enferme pas avant qu’ils fassent du mal ? Pourquoi nous qui vivons ça on continue à ne rien dire ? Pourquoi les adultes, les gens normaux ne voient rien ? Pourquoi on est jugées, même quand les autres disent que ce n’est pas vrai ?

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Et pourtant, il y a des rayons entiers dans les librairies, des centaines de livres, de témoignages, d’analyses. Vous ne savez pas les heures que j’ai passées dans les bibliothèques à chercher une histoire qui ressemble à la mienne…

Mais il y en a, n’est ce pas ? Il y a bien d’autres jeunes filles comme moi, qui se sont laissées faire, parce qu’elles n’avaient pas d’autre choix ?

On parle toujours de violence, d’ascendant, de menaces… Mais il n’y a pas que ça. Il y a une chose qui est pire que tout parce que vous comprenez encore moins ce qui vous arrive. Il y a la manipulation, je vous l’ai déjà dit. J’insiste parce que c’est ce qui m’a perdue… je croyais que mon père ne me ferait jamais de mal, il prétendait m’aider alors je l’ai cru. Et c’est horrible parce que non seulement on vous endort totalement, mais en plus, on vous fait croire que ce qui se passe est consenti. Que vous participez. On vous fait perdre tous vos repères. Et on vous fait taire par la même occasion…

Et puis c’est pratique. Pas de résistance, tout se fait en silence, et parfois même avec le sourire. Pas de risques, la petite est bien obéissante. Elle croit que c’est normal.

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Ça fait mal d’écrire comme ça. J’ai l’impression que c’est moi que je suis en train d’accuser. Moi la petite salope qui à onze ans, puis à douze, treize ans, et même plus vieille a laissé son père se glisser dans son intimité sans rien dire. Moi qui ai participé à ça.

Ce qui est terrible avec la manipulation, c’est qu’on arrive même à vous faire croire que c’est aussi un peu votre faute. On vous fait prendre part à ce qui arrive. J’ai beau dire « il m’a manipulée le salaud !!!! », je peux répéter qu’il faut que ça cesse, je ne peux pas m’empêcher de penser « et si j’avais eu un peu plus d’esprit critique, si j’avais été moins naïve, si je n’avais pas fait ce qu’il voulait… » Et de là découle tout naturellement le sentiment de culpabilité.

Et les autres ne nous aident pas. On me l’a bien dit, il n’y a pas longtemps, que c’était ma faute. Parce que pendant toutes ces longues années, je n’ai pas résisté. Parce que même mes tentatives de résistance n’étaient rien. Trop faibles. Trop peu de conviction ? J’étais résignée ? Mais on est bien obligées de se résigner si on veut survivre…

Je ne sais pas. Je ne sais pas me situer là dedans. Ce que je sais, c’est que je ne me tairai plus. Parce que j’ai bien failli en mourir. Eh oui, il ne vous le dit pas ça, l’homme en qui vous avez confiance ? Ton père à toi que tu places sur un piédestal en essayant d’oublier tes doutes ? Ton mari que tu crois, en qui tu as confiance et qui, peut-être, quand tu n’es pas là, abuse de ta petite fille… il ne vous dit pas qu’on peut mourir du silence. Moi mon silence criait tellement fort que tout le monde est devenu sourd. Et comme si ça ne suffisait pas, tout le monde est devenu aveugle par la même occasion.

Mais ça on ne s’en rend pas compte au début.

Quand on est enfant, on croit que tout ce qu’on dit durera pour l’éternité. On se mariera avec Untel, parce que c’est notre amoureux, à l’école. On n’oubliera jamais ce que c’est d’être un enfant. Eh bien quand votre père vous demande de promettre de ne rien dire, vous promettez, et vous êtes sûre que vous ne direz jamais rien. Et plus tard, quand vous avez tellement mal que vous pensez que vous allez exploser, vous vous souvenez que vous avez promis et vous continuez à vous taire. Parce qu’on vous a appris qu’on doit tenir ses promesses.

C’est à ce moment là que le silence tue. Vous allez exploser parce que le secret gonfle et prend de l’ampleur et au bout d’un moment il n’y a plus que cette douleur qui vous envahit et finit par vous étouffer.

C’est pour ça que j’ai autant envie de vomir, tout le temps. Envie de rejeter toute cette saleté que je sens dans mon corps, ma tête, mon environnement… envie de le rejeter, lui. Envie de ne plus rien avoir à l’intérieur de moi. Être vide, complètement vide pour pouvoir disparaître plus facilement.

Nous sommes le trois juillet 2007, ça fait trois jours que j’ai commencé à écrire. Ce soir, je devais avoir terminé ce texte, mais je n’y arrive pas, et je n’arrive pas à dormir, j’ai du mal à ne pas penser. Il faut que je raconte… mais je reste plantée devant mon clavier comme une idiote parce que je ne sais pas par quoi commencer…

C’est quand le silence s’impose qu’il nous tue.

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Ces 14 choses que j’ai décidé de ne plus tolérer.

Tu connais, ces trucs qui te pèsent, qui te submergent, cette sensation qu’on t’en demande trop, que, là, tu ne peux plus ?

Oui, ce sentiment là, de pesanteur inavouée ?

C’est sûrement parce que, comme moi, tu tolères des choses que tu ne devrais pas tolérer.

Attend, je t’explique.

D’après le Larousse: tolérer (v) permettre quelque chose ien que ce ne soit pas conforme au règlement, au statut, à la loi, etc., considérer avec indulgence quelque chose.

Tolérer certaines choses est un VRAI gâchis de temps et d’effort. C’est t’empêcher d’être toi même, de profiter réellement de la vie, c’est la voie royale pour être en colère, frutré(e) et irritable…

On tolère parce qu’on ne veut pas faire d’histoires.

On tolère parce que c’est plus facile de tolérer, que se révolter.

On tolère parce que « j’ai pas le temps ».

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Mais « tolérer », c’est ajouter, petit à petit, du liquide à ton verre. Un jour, le verre déborde, et tu craques. Toutes ces petites choses qui ne sont « pas si importantes », mais qui, petit à petit, t’énervent de plus en plus. Je suis sûre que tu peux en lister des dizaines, sans même y réfléchir très longtemps.

En plus de ça, on se raconte des petits mensonges pour faire passer la pilule:

« Ce n’est pas si grave. »
« Il/Elle ne l’a pas dit pour me faire de la peine. » »Je le ferai demain. »

Ou des gros mensonges:

« Je ne suis pas assez bien pour ça. »
« Je ne mérite pas ça. »
« Si (…), je ne réagirais pas comme ça. »

Donc non seulement tu tolères des choses que tu ne devrais pas, mais tu essaies de te voiler la face. Et petit à petit, il devient difficile de savoir ce que tu veux vraiment, et comment tu peux obtenir ce que tu veux.

Alors voici une liste (non exhaustive) de choses que tu peux commencer, dès maintenant, à ne plus tolérer.

1. Les relations (amicales, amoureuses, professionnelles…) qui t’épuisent.
2. Un travail que tu détestes. (oui, je sais, ce n’est pas facile. Mais je t’en parlerai plus en détails dans un autre article).
3. Un lit pas confortable.
4. Des chaussures qui te font mal.
5. Te forcer à voir une personne que tu n’as pas vraiment envie de voir, ou faire des choses que tu n’as pas vraiment envie de faire.
6. Cette voix dans ta tête qui te dit « mais t’es vraiment nul(le) ! »
7. La négativité des autres.
8. Le manque de sommeil.
9. Essayer de faire plaisir à tout le monde, tout le temps et en tout lieux.
10. La croyance selon laquelle le (…) « parfait » existe.
11. La malhonnêteté.
12. Le manque de proximité avec la personne que tu aimes.
13. Le boulot mal fait.
14. Ne pas dire ce dont tu as besoin.

Oui, je sais, c’est plus facile à dire qu’à faire. C’est pour ça que j’en parle, j’ai encore un sacré chemin à faire avant d’arriver à un certain mieux-être.

Voici quelques questions à te poser, qui peuvent t’aider :

Pourquoi je tolère ça ? Qu’est ce que ça me coûte ?
Qu’est ce que je veux vraiment ?
Quel est le petit pas que je peux faire pour me sentir mieux ?

Allez, complète, puis répète après moi: je ne tolèrerai plus … Voilà ce que je peux faire pour aller mieux : …. .

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Outlander, ma nouvelle série coup de coeur.

C’était un jour de vacances, gris et froid, comme ils le sont souvent. Nan mais elle se prend pour qui, la météo, pour me pourrir comme ça TOUTES mes semaines de vacances ? (on me souffle dans l’oreillette que le fait que je vive en Normandie doit avoir un lien. Soit. Je suis dubitative)

Bref, c’était un jour, gris et froid. J’avais fini ma série « décérébrante » (comprendre: série que je regarde quand j’ai JUSTE besoin de me détendre), Reign (évoquée chez Les Choses Bleues, d’ailleurs).

Ah. Mais attends. Tu ne me connais pas aussi bien que je le crois. Y’a un truc que je ne t’ai pas dit sur moi. Je suis du genre obsessionnelle. Quand j’aime quelque chose, c’en devient une obsession, je ne PEUX pas lâcher une série / un livre tant que je ne connais pas la fin (je te vois venir, avec ton sourire en coin, oui, ça marche aussi en amour. Je ne te dis pas comme chéri est content, depuis 13 ans).

Bref, ce jour gris et froid, donc, j’étais en manque de séries télé décérébrantes et distrayantes, de préférences historico-romantiques. C’est ce jour-là que m’est venue la géniale idée de taper dans Google « most popular history tv series ». C’est comme ça que je suis tombée sur une liste dans laquelle apparaissait Outlander. Et en plus c’est fait par celui qui a fait Battlestar Galactica, et Caprica, et…. bon, ok, je ne vais pas te faire la liste, tu l’auras compris, j’ai nommé Ronald D. Moore.

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Il ne m’a pas fallu beaucoup plus longtemps pour m’installer confortablement dans mon canapé, une version streaming tout à fait légale de Outlander devant les yeux.

Bon, je t’avoue qu’au début, j’ai moyennement accroché. Il faut dire que l’histoire est racontée à la première personne, donc c’est très… cérébral ?

L’histoire d’ailleurs? Une infirmière du 20ème siècle, en second voyage de noces en Ecosse avec son mari, après une longue séparation « because » Guerre Mondiale, se retrouve projetée dans l’Ecosse du 18ème siècle. Elle va devoir déjouer tous les dangers, et au passage va y trouver l’amoûûûûûûr… La question étant: va-t-elle retourner chez elle, au 20ème siècle, ou rester au 18è ? (non, tu n’as pas déjà la réponse, je t’assure).

Comment dire? C’est… à regarder si, comme moi, tu aimes les séries plutôt historiques, les mecs en kilts, les nanas un peu féministes, mais pas trop, mais quand même, le suspens, l’amour, et surtout, ne pas te prendre la tête. C’est un peu longuet au début, vaguement inintéressant, mais tu te rends vite compte que l’introduction, le plantage de décor, est absolument nécessaire à la suite de la série.

outlander 2Pour ma part, j’ai tellement accroché que je n’ai pas pu m’empêcher d’acheter les livres. J’en suis au troisième, en sachant qu’il y en a quelques uns derrière. Pour l’amoureuse-obsessionnelle que je suis, c’est un pur bonheur!! J’étais d’ailleurs vaguement vexée de ne pas connaître ce que les médias étrangers appellent un « phénomène » ou un « très grand succès », et puis je me suis rendu compte que… quand le premier livre est sorti, j’avais 5 ans, et je ne parlais pas anglais. Normal, donc, que je sois passée totalement à côté…

Je ne t’en raconte pas plus, je déteste faire des résumés qui traînent en longueur et décortiquent les costumes, le jeu des acteurs, le contenu, etc. Je te laisse découvrir la série, si cet article t’en a donné l’envie ! Mais ce génériiiiiiique… J’aime, j’aime, j’aime.

Et toi, quelle est ta série préférée du moment ?

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Les 5 langages de l’amour (Gary Chapman inside)

Je t’en ai peut-être déjà parlé ailleurs, mon mari a eu une solide éducation religieuse quand il était petit. Moi-même, je suis en plein cheminement et nous fréquentons (de façon irrégulière) une église baptiste.

Ne t’en vas pas ! Je ne veux pas faire de prosélytisme, et je ne veux pas non plus te parler de religion. Mais cette introduction me paraissait nécessaire pour t’expliquer qu’au cours de notre préparation mariage, nous avons eu l’occasion de parler de la vie de couple, et par extension des choses qui agacent / attendrissent  chez l’autre.

C’est comme ça qu’au détour d’une conversation avec le couple pastoral qui accompagnait notre préparation au mariage, nous avons découvert Gary Chapman, et sa théorie des « Cinq Langages de l’amour », détaillée dans le livre du même nom.

five love Dr Gary Chapman (excusez du peu) a plus de 45 ans d’expérience dans l’accompagnement des couples. Il est lui-même marié. Le bilan des réussites et des ratés du couple l’a poussé à publié ce livre.

L’idée derrière ce livre est déconcertante de simplicité, aveuglément logique, à mon sens.

Selon Gary Chapman, il y a cinq façons possibles d’exprimer et de recevoir de l’amour, ce qu’il appelle des « langages de l’amour »: les cadeaux, les moments de qualité, les services rendus, le toucher physique, et les paroles valorisantes. La liste est exhaustive, selon le Dr Chapman, qui affirme que, fondamentalement, les gens ont besoin de recevoir de l’amour. Chaque personne a sa façon d’exprimer son amour, et attend de l’être aimé qu’il exprime son amour de la même façon (par exemple, je sais que j’exprime mon amour par les services rendus, en essayant de faciliter au maximum la vie de mon mari, et par le toucher physique. C’est pourquoi je me sens souvent mal aimée quand mon mari ne me rend pas service, ou qu’il me câline peu. Alors que son langage d’amour à lui, c’est les paroles valorisantes, et les moments de qualité). Le secret d’un couple qui va bien, c’est de comprendre que, d’une part, notre compagnon de vie donne de l’amour selon SON langage à lui, et donc charge à nous de reconnaître ce langage d’amour pour ce qu’il vaut, et, d’autre part, que chaque personne dans le couple doit apprendre à s’adapter à l’être aimé et utiliser le langage qui lui parle, plutôt que celui que nous souhaiterions recevoir (je suis claire, là ?).

Chapman nous suggère de découvrir le « langage » de notre compagnon en observant sa façon d’agir à notre égard: c’est comme ça que j’ai découvert que le langage de mon mari était, avant tout, les paroles valorisantes. Ensuite, il s’agit d’analyser ce que la personne nous reproche le plus souvent (mon mari me reproche souvent de ne pas le valoriser quand je lui parle, quant à moi, je lui reproche de ne pas avoir d’attentions à mon égard, de ne pas réfléchir à comment il pourrait me faciliter la vie), et de s’adapter, autant que possible, à ce dont la personne a besoin. Les gens ont tendance à donner de l’amour de la façon dont ils aimeraient la recevoir, ce qui n’est pas forcément compris / perçu par l’être aimé.

Je te l’accorde, ça demande une dose de patience qu’on n’a pas toujours. Mais je dois avouer qu’en ce qui concerne mon mari et moi, cela fonctionne plutôt bien quand nous nous donnons le mal d’y penser suffisamment longtemps. Cela dit, le quotidien nous rend la tâche difficile, et notre nature se charge souvent de nous faire oublier nos bonnes intentions.

Je fais partie de celles qui pensent qu’une idée plantée dans la tête n’est jamais une idée perdue. Même si on n’applique pas un concept, même si on a l’impression de ne pas cheminer, je suis persuadée que notre inconscient se charge de ce que nous ne voulons pas entendre / gérer / comprendre / intégrer. C’est pourquoi je partage cette théorie avec toi. Tu as l’impression (comme moi, parfois) d’être moins aimée ? Et si c’était parce que tu n’as pas le même langage d’amour que ton / ta compagne/-on ? Tu fais toujours les mêmes reproches, et tu as l’impression que rien ne change ? La théorie de Gary Chapman est peut-être une réponse à tes questions.

Quoi qu’il en soit, et même si cet article ne te parle pas, il est toujours bon de s’interroger sur ce qui fonctionne, ou pas, dans son couple.

Et toi, quel est ton langage de l’amour ? Est-ce que c’est le même que celui de ton cher et tendre ? Qu’est ce qui diffère ?

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